27 juin 2017

Actualités juridiques

Lettre ouverte à Monsieur le Président du Conseil National des Barreaux

19 juin 2013 à 14h47 par Christophe Landat


Dans le cadre de votre dernier éditorial daté du 19 juin 2013, vous abordez, Monsieur le Président, la question de la dématérialisation et de la déontologie. A votre manière et avec votre bagage, vous évoquez l'avocat et sa présence sur le Web et vous écrivez ceci : "(…) nous ne devons pas perdre de vue que l’immense champ d’exploration dématérialisé qui nous est désormais ouvert n’équivaut pas à la forêt de Bondy : un avocat n’est pas légitime à déposer un nom générique comme nom de domaine pour lui-même, ni à se greffer, comme s’attache une bernique au rocher, sur un site générique pour s’y trouver en première position afin de damer le pion à ses confrères.".
Si j’en juge par le nom de domaine de mon site, me voilà donc qualifié indirectement de "bernique" par mon président... agréable! Mais en réalité, Monsieur le Bâtonnier, comment pourrais-je vous en vouloir? Vous qui êtes homme de lettres, je ne vous apprendrai sûrement pas que « toute science crée une nouvelle ignorance » comme le disait le poète Henri Michaux.
 
Il faut cependant avoir conscience qu’on ne demande pas seulement à l’avocat d’aujourd’hui de savoir manier la plume. Il doit également savoir manier le clavier et le paddle ou la souris. Et convenez-en : vous, vous ne le savez pas.
 
La prudence commande normalement de faire preuve de retenue quand on ne maîtrise pas un domaine ou à tout le moins, d’éviter de s’aventurer à commenter les sujets que trop peu l’on pratique. Qu’il me soit permis de vous dire que je vous ai trouvé dans votre éditorial tout à la fois bien imprudent, bien ignorant et… bien insultant.
 
Le train à grande vitesse du numérique est train de passer devant le nez de la profession d’avocat, qui, brouttant paisiblement l’herbe plus tout à fait verte de ses domaines d’activité traditionnels n’a pas encore songé qu’il serait heureux de monter à bord du dernier wagon. Et cette chance, nous la manquons collectivement en partie par votre faute. Parce que votre ignorance totale de ce monde ne vous empêche pourtant pas de prendre la plume pour mettre en cause tous ceux qui quotidiennement luttent individuellement pour faire en sorte d’éviter le naufrage collectif de ce loupé institutionnel.
 
Créer un site web est une chose Monsieur le Président. Le rendre visible du plus grand nombre en est une autre. Mais comment pourrais-je le temps d’un simple post sur ce blog vous enseignez ce que signifient les notions de référencements payants ou gratuits, de web-profond, d’architecture de site, de meta tags, de page rank, de positionnement ou encore d’algorithme de recherche ?...
 
User d’un nom générique dans un nom de domaine, c’est la base de toute création de site web et non comme vous le dites, se comporter en « bernique accroché à son rocher ». Ne le faites pas, contentez-vous d’user de votre nom, de votre prénom et de la mention « avocat », rajoutez une extension en .fr ou en .com et vous aurez le cocktail parfait pour que votre projet numérique soit totalement invisible. Et à quoi sert d’user des outils de communication modernes si ce n’est pour être vu ? Savez-vous l’investissement financier que cela peut représenter pour les plus modestes de nos confrères ? En avez-vous seulement une idée ? J’en doute Monsieur le Bâtonnier.
 
Mesurez-vous Monsieur le Président combien la profession souffre d’une image poussiéreuse et détachée des réalités technologiques de notre époque ? Mesurez-vous qu’en écrivant ce que vous écrivez vous ouvrez un boulevard à tous ceux qui nous font aujourd’hui tant de mal en prétendant exercer notre activité sans présenter les garanties offertes par notre formation et note serment ? Si  demain vous contraignez les confrères qui ont fait le choix, dans le respect du serment, d'user d'appellation générique dans le nom de domaine de leur site (et les deux choses ne sont pas incompatibles loin s’en faut), à les abandonner, vous les offrez alors en pâture aux pirates du droit qui auront tout loisir de les utiliser, les détourner et contribuer ainsi à renforcer les difficultés qui sont les nôtres pour exister légitimement sur le Web.
 
Allons, ce n’est pas le caractère générique du site web d’avocat qui est en cause, mais bien son contenu ! Que celui-ci soit contraire aux règles fondamentales de notre profession et alors oui, il faudra sanctionner. Mais la position que vous adoptez dans votre courrier est celui du procès d’intention. Quelle ironie s’agissant d’un avocat. Alors qu’il me soit permis, à moi, « Maître Personne », de défendre les Berniques dans ce papier remplit de colère contenue.
 
Que n’avez-vous, vous et vos prédécesseurs, créés les plateformes collaboratives dans lesquelles se sont engouffrées des sociétés à qui on ne peut faire le reproche d’y avoir pensé alors que jamais vous n’avez eu l’idée de réfléchir aux besoins du public en terme d’accès au droit via les moyens modernes de communication. Il ne faut pas s’offusquer de devoir réparer quand on a jamais su soi-même construire. Aujourd'hui nous devons faire face aux excès de ces plateformes parce que nous ne les avons pas créés nous-mêmes. Alors de grâce, ne nous tirons pas une balle dans le pied en faisant de même avec les sites web!
 
Savez-vous ce qu’est l’ICANN Monsieur le Bâtonnier ? Et si oui pouvez-vous m’expliquer pourquoi nous n’avons pas quand nous en avions la possibilité en 2012, déposé un dossier de candidature permettant d’acquérir des extensions de noms de domaines en ".avocat" pour mettre en coupe réglée tous ceux qui tentent aujourd’hui de se faire passer pour nous en nous concurrençant sur du très commun « .fr » ou « .com » et que nous n’avons aucun outil efficace pour les combattre ?! Pouvez-vous me dire encore pourquoi un outil de certification dématérialisé prenant la forme d’un logo interactif sur chaque site d’avocat permettant ainsi de les labéliser et de garantir au public qu’ils ont bien affaire à nous et non à des voyous sans titre ni expérience, n’a pas encore été créé ? Pouvez-vous expliquer à la bernique que je suis pourquoi un outil de prévenance national des sites illégaux n’a pas été mis en place ? Pourquoi une campagne nationale de communication sur les avocats et le web n’existe-t-elle pas depuis plusieurs années déjà ? Pourquoi aucune étude visant à définir les éventuelles attentes du public (particuliers, entreprises, associations, collectivités)sur les avocats et les nouveaux modes de communication  n’a vu le jour sous le parrainage du CNB ?
 
Pouvez-vous répondre à tout cela confrère ou êtes vous seulement en mesure d’ironiser en produisant des lignes aussi vides de sens que de maîtrise des concepts qu’elles entendent pourtant aborder ?
 
Je prenais la plume il y a plus d’un an déjà pour mon Barreau, rédigeant un rapport sur la question que vous abordez dans votre regrettable courrier sur la base d’une expérience qui ne prétend pas être celle d’un spécialiste érudit mais celle d’un praticien passionné des NTIC depuis son enfance et les utilisant au quotidien à la fois dans sa vie privée et sans sa vie professionnelle. 
 
J'ai eu le plaisir récemment d'en discuter au sein de la Conférence des Bâtonniers. J’y ai trouvé une attention, une écoute et une envie d’apprendre que je n’ai pas lu dans votre éditorial.
 
Une bernique donc…
 
Puisque je vous fais ouvertement le reproche d’ignorer ce dont vous parlez sur cette thématique bien précise, je ne vous laisserez donc pas sans ce petit renseignement que peut être vous avez omis en usant de ce qualificatif peu flatteur de prime abord.
 
Vous lirez sur Wikipedia, encyclopédie en ligne très populaire chez les Geeks dont je me revendique ouvertement, que la Bernique aussi appelée « Arapède » ou « Patelle » râpe les petites algues  à la surface des rochers et qu’elle consomme également les grandes algues  et détruit les champs qu'elles constituent sur le littoral atlantique, notamment en Bretagne.
 
A l'élimination des Patelles succède ainsi une colonisation des rochers par les algues brunes si nocives aux côtes atlantiques et à leurs habitants. La bernique joue donc un rôle important dans la préservation de l'écosystème…
 
Qu'une régulation soit nécessaire c'est une évidence. Mais veillez à ne pas l'aborder sous le mauvais angle, au risque de compromettre un peu plus la présence des confrères sur ce média que vous connaissez si mal et que vous risquez de livrer à la pollution de nos illégitimes concurents si vous ne révisez pas votre jugement.
 
Ce que vous avez écrit me heurte profondément et sans doute pas mal d’autres confrères avec moi. Sachez Monsieur le Président que la Bernique que je suis n’est pourtant pas rancunière. Nous avons à Montpellier une proximité certaine avec la mer et nombre de restaurants qui savent la raconter à merveille  aux plus délicates des papilles. De quoi envisager de très longs et très productifs tête à tête sur des thématiques de ce genre.
 
Et pourquoi pas autour d’un excellent plateau de fruits de mer ?...

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